PAR MARIE-CAROLINE VERSTRAETE
KINÉSITHÉRAPEUTE DU SPORT ,EXPERTE DE LA CLINIQUE DU COUREUR PHOTOS ERIC BARNABÉ

Aujourd’hui aller de la course à pied au trail voir à l’ultra, est pour beaucoup une évolution naturelle. La course en sentiers est devenue une mode. Le nombre grandissant d’épreuves autour de chez soi, de la courte distance au beaucoup plus longue donne forcément envie. Qui n’a pas souhaité évoluer en pleine nature épris de liberté et dans des paysages souvent magnifiques.

Mais cela ne se fait pas sans difficultés pour bon nombre de nouveaux traileurs, ni sans son lot de douleurs et bobos dû souvent à un entraînement mal dosé, un manque de préparation, à la difficulté du terrain, à la distance ou au dénivelé.

Faire un trail quelque soit la distance, c’est avoir un bon mental et être physiquement prêt. Cette pratique demande un niveau d’exigence physique,et si la douleur est parfois inévitable la souffrance est une option que l’on ne voudrait jamais prendre et qui peut gâcher l’objectif du coureur.

Tout va donc dépendre de l’entrainement et de l’accompagnement du coureur qui l’amènera à l’aboutissement de son rêve, de son « graal » : son objectif Trail!

En effet il ne faut pas oublier cette statistique : 25 à 33% de traileurs sont DNF (did not finish) sur un ultra voir des fois jusqu’à 50% lorsque les conditions sont particulièrement difficiles et même sur des distances plus courtes. Ces abandons, si ils peuvent être dus à des troubles gastro-ntestinaux ou des chutes, sont aussi dus à des pathologies qui auraient pu être évitées ou fortement diminuées par une préparation et un suivi spécifique.

C’est à ce moment là que le kinésithérapeute ou physiothérapeute rentre en jeu .Le consulter ne doit pas se faire uniquement lorsque la douleur ou la blessure est présente mais dans le cadre de la prévention. La course est une activité qui contribue parfois à amplifier certain déséquilibre déjà présent et l’augmentation de l’entrainement peut aussi causer des troubles musculo squelettiques.

80% des blessures sont dues à des problèmes liés à l’entrainement (volume, intensité, dénivelé). 20 % des blessures sont dues aux chaussures, surface, exercices, nutrition, fatigue, stress…

Pour la pluparts elles arrivent après un changement dans la majorité des cas. Ces changements parfois subtils ne sont souvent pas perçus par le coureur.

Par exemple le stress et la fatigue sont des facteurs internes qui peuvent être responsable de l’apparition des blessures .Il ne faut pas oublier la fatigue qui est à la fois physique, professionnelle et psychologique. Une bonne récupération mentale comme physique est primordiale pour arriver à son objectif et doit faire partie intégrante de la préparation, sur ce point le kinésithérapeute peut être aussi présent pour orienter le coureur.

La séance de kinésithérapie sera constituée par différentes techniques : massages, étirements, mobilisation tissulaire et articulaire, onde de choc, drainage, cryothérapie mais également des conseils éducatifs.

Elle va s’intéresser au coureur dans son intégralité et par ce fait ses objectifs sont multiples :
• Réparer les déséquilibres ou essayer de les corriger au maximum : par une analyse biomécanique et la mise en place d’exercices.
• Analyser les douleurs ou les gênes lors de la pratique : prise en compte de la foulée et de la dynamique de course.
• Adapter l’entrainement suivant les problèmes du coureur qu’ils soient ponctuels ou permanents .Le corps est capable de s’adapter à conditions qu’on le sollicite de la bonne manière.
• Proposer un programme de préparation musculaire spécifique : suivant les faiblesses, les blessures, le type de parcours à affronter.
• Discuter du chaussage.
Le choix de la chaussure dépend du coureur, de la distance et du terrain.
Cela dépend des particularités du coureur, ses pathologies, ses faiblesses éventuelles et non par rapport à son poids ou son niveau de pratique. Les points importants sont la pointure, le drop (énormément mis en avant mais qui n’est pas le point principal non plus), le type de semelles , la souplesse et le poids de la chaussure. Des points qu’un kinésithérapeute expert pourra vous expliquer.

Le but sera donc de trouver les faiblesses, tensions, blocages qui peuvent entraver le coureur dans sa préparation afin de l’aider à améliorer ses capacités. Il s’agit de ne pas attendre le dernier moment mais bien de prévenir .La visite chez le thérapeute peut se faire ainsi à raison d’une fois tous les 15 jours à titre d’accompagnement.La fréquence des visites sera réévaluée avec celui- ci au fur et mesure de la préparation.
Ces séances ne sont prises en charge que dans le cadre d’une pathologie et non d’un accompagnement sportif.

Les conseils du Kiné

  1. Choisir son objectif avec un délai convenable suivant la difficulté de celui-ci afin de planifier un calendrier d’entrainement et de course préparatoire et de prévoir l’accompagnement par le kiné.
  2. Faire attention à la surenchère du toujours plus et encore plus. Aujourd’hui il faudrait plutôt penser « courir moins pour courir mieux» c’est-à-dire gérer le volume d’entrainement en privilégiant lesactivités de transfert comme la randonnée, le vélo ou la natation qui peut soulager les membres inférieurs tout en gardant une activité cardio respiratoire.
  3. Privilégier un travail avec du qualitatif (intervalle, travail de dénivelé…) plus que du quantitatif. Il ne faut pas oublier que trop de volume et d’intensité mène à des douleurs qui débouchent sur la blessure voire à un surmenage physiologique non fonctionnel, totalement improductif.
  4. Une bonne préparation doit comporter un programme de renforcement musculaire : travail par groupe musculaire, gainage, proprioception…
  5. Echanger avec son thérapeute afin de voir comment obtenir le plus de résultat en étant le moins dangereux c’est à dire en quantifiant le stress mécanique QSM (cf : Blaise DUBOIS fondateur « la clinique du coureur »).
  6. Ne pas oublier que le sport est une partie de notre journée et que celle-ci comporte une vie professionnelle et privée avec des contraintes qu’il faut aussi prendre en compte dans la charge journalière.
  7. Le sommeil ! Il est une partie importante sinon prépondérante avec la nutrition lors de la préparation et de l’affûtage.

L’accompagnement par le kinésithérapeute permettra donc d’atteindre le niveau physique nécessaire à l’objectif que vous vous êtes fixé et ce dans les meilleurs conditions possibles grâce à une préparation musculaire, un soutient et des conseils qui procureront une meilleure économie de course pour une meilleur prévention des blessures.

L’idéal est d’adjoindre aux intervenants un ostéopathe du sport et un diététicien afin de prévenir en amont les difficultés et d’optimiser le plaisir le jour J.

Un corps solide dans un esprit sain, un travail d’équipe, une alliance thérapeutique, tel est le but à atteindre.